Jorge Mendes, Mino Raiola, ou encore Wagner Ribeiro sont LES agents de joueurs de football du moment: ils gèrent les intérêts des plus grands footballeurs de la planète tels que Cristiano Ronaldo, Neymar ou encore du joueur le plus cher de l’histoire, Paul Labile Pogba. Mais connaissez-vous le nom de Samira El Abdi, la seule femme « agente » de joueurs de football dans le monde arabe ?

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A l’heure actuelle, le football reste un sport dominé par les hommes, et où l’on ne laisse pas assez de place aux femmes afin qu’elles puissent s’exprimer. En témoignent les 4.1% de licenciés féminins dans le monde du football en 2011 en France (chiffres de l’Insee). Malgré ces chiffres peu encourageants, Samira El Abdi, 41 ans, a réussi à se faire une place au sein de cette discipline dans son pays, le Maroc. Mère de quatre enfants, Samira a quitté son emploi confortable dans une société de services pour suivre des études de droit; d’économie; et de management du sport en 2007, et finalement accéder au monde assez « macho » du football.

La mieux classée lors d’un examen organisé par la FIFA

C’est en 2008, suite à une restructuration du club Mouloudia Club d’Oujda, club de seconde division, que Samira — qui a pratiqué l’athlétisme durant son adolescence —, a été appelée pour officier en tant que directrice générale du club. Une première dans l’histoire du football marocain ! Preuve de la totale liberté, ainsi que de la volonté du club de l’enrôler, la native d’Oujda a bénéficié de formations organisées par la FIFA (Fédération Internationale de Football Association) et la Fédé, le comité s’occupant de la préparation des statuts et transferts des joueurs et des cahiers de charges donnant aux clubs l’accès au statut de club professionnel. Des formations qui lui ont fait beaucoup de bien : « Ça m’a permis de bien comprendre la structure et l’organisation des clubs de football au Maroc et d’en définir les besoins urgents ».

Et c’est finalement en 2012 qu’elle s’est lancée en passant un examen (organisé par la FIFA) en vue d’obtenir sa licence d’agent de joueurs de football. Sur les 80 candidats présents lors de l’examen, ils n’étaient que huit à être retenus, dont Samira.. qui a obtenu la meilleure note ! Une fois sa licence en poche, elle a ouvert son cabinet de consulting sportif à partir duquel elle s’est créé un réseau parmi les clubs et dans les stades de quartiers, puis a commencé à organiser quelques tournois. Suite à cela, la femme de 41 ans a commencé à recevoir des vidéos et des CV de la part de joueurs d’Afrique subsaharienne et d’Amérique du Sud. Au fil des contacts, ces derniers ont été surpris de s’apercevoir qu’ils avaient à faire non pas à un homme comme ils s’y attendaient, mais bel et bien à une femme.

Une femme pleine de volonté

samira-el-abdi-fbSamira ne se contente cependant pas seulement de son rôle d’agent. Dépassée par le manque de professionnalisme et l’anarchie régnant sur le marché des joueurs au Maroc, elle désire faire bouger les choses dans le monde du football marocain. « Dans les pays du Golfe, le marché est mieux structuré et la réglementation très stricte. Il ne suffit pas de commercialiser un joueur, il faut faire le suivi pour gérer également sa carrière et son image » dit-elle avant de s’indigner quant aux sommes beaucoup trop élevées sur le marché des transferts : « il s’agit d’une tendance inflationniste dictée davantage par la spéculation et la multiplication des intervenants que par la performance et le talent des joueurs », illustrant ses propos par l’absence d’outils techniques et statistiques pour évaluer les joueurs.

« Notre football est en pleine structuration et les femmes doivent faire partie de ce changement ».

Avec les nouvelles obligations qu’impose la FIFA à la Fédération Royale Marocaine de Football, les choses devraient changer. En effet, à partir de 2017 la FRMF se verra obligée de fournir la liste des agents agréés, qui devront à leur tour déclarer les transactions réalisées, ainsi que les montants de ces transactions, et ce, pour le plus grand bonheur de Samira : « Cela va permettre aux agents de s’organiser pour mieux défendre les intérêts des joueurs et avoir une représentativité au sein de la fédération  » avant de conclure « Notre football est en pleine structuration et les femmes doivent faire partie de ce changement ».

Celle qui travaille aujourd’hui comme agent de joueurs, conseillère sportive, et organisatrice de tournois attend désormais que les choses bougent. Voilà donc une femme pleinement engagée dans cette discipline. Qui a dit que le football était juste un sport d’hommes?

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