« L’école est elle-même la cause des difficultés qu’elle corrige par des réformes », tels sont les mots forts de Céline Alvarez. C’est que la jeune femme connaît bien le monde de l’éducation. Et pour cause, elle y a travaillé de 2011 à 2014 en tant que professeure dans l’école maternelle Jean-Lurçat de Gennevilliers (Hauts-de-Seine).

Interview de Céline Alvarez
© Pierre Hybre/MYOP

En tant que professeure ? Pas vraiment… elle n’aime d’ailleurs pas qu’on la nomme ainsi ! Alors pourquoi, si ce n’était pas pour enseigner ? « C‘était pour infiltrer le système et parvenir à le changer, pas pour enseigner. Je me laissais trois ans pour proposer un environnement de classe faisant l’effet d’une bombe pédagogique, trouver les bons outils permettant de révéler spontanément tout le potentiel des enfants, et réussir à les diffuser auprès des enseignants. » explique-t-elle au quotidien français Le Monde.

« Mon objectif était de proposer un environnement fondé sur les grands principes d’épanouissement de l’être humain, grâce à l’apport des neurosciences et des travaux de Maria Montessori »

Là-bas, elle a donc pu expérimenter et allier les idées et principes éducatifs de la pédagogue italienne Maria Montessori, avec la recherche en sciences cognitives. Cette expérience avait pour but final de mettre à jour l’héritage pédagogique de Montessori, mais également de faire collaborer l’école et la recherche. Les résultats ne se sont pas fait attendre : les enfants côtoyant la classe de Céline Alvarez sont capables, à 5 ans, de lire, d’écrire, de compter jusqu’à mille et de gérer le sens des quatre opérations,.. pour ne citer que ces quelques exploits.

Malgré ces résultats, c’est sans réelles explications, ni arguments vraiment convaincants qu’elle se voit contrainte d’arrêter son projet en 2014. La faute au ministère de l’Éducation nationale – le même qui le lui avait autorisé trois ans plus tôt sans la suivre. Elle dépose donc sa démission, jugeant que c’était la meilleure chose à faire pour son projet.

D’une passion découverte en Espagne…

Céline Alvarez se bat aujourd’hui pour rendre le système plus agréable, et nul doute que ça lui aurait sans doute plu étant plus jeune de s’épanouir dans un tel cadre. Il faut dire qu’elle n’aimait pas vraiment l’école. Après avoir passé son bac, la jeune demoiselle a hésité quant à la voie à suivre : la communication ou le théâtre ?
Se cherchant quelque peu, elle prend la direction de l’Espagne, son pays d’origine, et y enseigne le français. C’est le déclic ! Elle se trouve une passion pour la linguistique et décide de passer, depuis Madrid, un master en sciences du langage.

… à la rencontre avec Montessori…

2015_07_15_Doolittle_CelineAlvarez_02De retour à Paris, ne sachant pas trop quoi faire, Céline cherche un moyen de gagner sa vie. Elle finit par visiter une école privée Montessori, dans l’inconnu total. Durant la visite, elle tombe sur des « lettres rugueuses », une sorte de jeu de cartes créé par la pédiatre italienne, et invitant les enfants à découvrir les lettres de façon sensorielle. C’est le coup de foudre ! Après sa visite, Céline fonce à la librairie et dévore des ouvrages de la pédagogue italienne, et ce, dans toutes les langues, nuits et jours. Consciente du potentiel de ces idées, elle finit par passer le concours d’enseignement dans le but « d’infiltrer le système » comme elle le dit. Durant sa formation, la demoiselle est choquée de découvrir qu’à aucun moment les adultes ne sont formés à travailler avec des enfants.

Une fois son concours en poche, la jeune demoiselle est affectée dans une école à Neuilly avec un premier constat amer : « Le public n’avait rien à voir avec celui d’Argenteuil, mais le constat est tout aussi choquant : ce que les enfants savent, ils ne l’ont pas appris à l’école. L’école faillit à sa mission à Neuilly comme à Argenteuil ; seulement, à Neuilly, ça se voit moins. »

…puis, le début du combat

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Faisant grande part de sa volonté de bouger les choses aux inspecteurs et conseillers pédagogiques, Céline est finalement contactée par un conseiller de Luc Chatel, ministre de l’éducation à l’époque. Séduit et convaincu par le discours de la jeune femme, ce dernier lui attribue une classe dans l’environnement qu’elle désire, et avec une liberté totale .

« Tous ces jeunes que je trouvais intelligents mais qui n’arrivaient pas à se fondre dans le moule et qui décrochaient, ça m’indignait ! »

« L’école fait totalement fausse route »

« L’école doit fonctionner selon les “lois de l’enfant”. Celui-ci doit être actif et non passif, il doit aimer ce qu’il fait et non pas le subir »

« La clé de voûte est l’encouragement de l’autonomie de l’enfant. »

Elle choisit finalement une école située dans les premières zones d’éducation prioritaire (ZEP), et non dans les quartiers huppés de la capitale où les écoles Montessori, toutes privées, font le plein d’élèves. Dans ses classes, pas de séparations entre les élèves : y sont regroupés enfants de petites, grandes et moyennes sections. Cela donne lieu à un environnement chaleureux où les élèves communiquent entre eux, s’entraident et découvrent de par eux-même. Ils sont libres de se diriger aux ateliers qu’ils souhaitent, l’adulte n’intervient à aucun moment.

Trois ans plus tard, elle est forcée d’arrêter malgré les résultats que l’on connaît.

capture-decran-24Aujourd’hui, la jeune femme continue de se battre pour faire valoir les idées de Montessori. Elle est accompagnée d’une équipe, avec laquelle elle organise des conférences.

Un site internet comportant des outils pédagogiques est également à disposition. Celui-ci contient des vidéos avec des activités pratiques, et toute une série de conseils pour que les professeurs et les parents puissent convenablement accompagner l’enfant. Elle a également écrit un livre sorti début septembre intitulé « Les lois naturelles de l’enfant ».

Soutenue par un peu moins de deux mille professeurs à travers la France entière, et par une série de personnalités et entités scientifiques, la belle brune est plus déterminée que jamais… Et ça, le ministère de l’éducation devra faire avec !

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