Connu sous le nom de Krisy lorsqu’il se tient derrière un micro, ou sous le nom de De La Fuentes lorsqu’il endosse son rôle d’ingénieur du son et producteur, cet artiste belge autodidacte est omniprésent sur la scène du rap francophone. Ce jeune bruxellois a notamment produit l’album de Damso, « batterie faible », qui est à ce jour disque de platine. Désormais, on retrouve le travail de Krisy chez de nombreux artistes tels que :  PLK, Shay, Deen Burbigo, Disiz ou encore Hamza. Du côté interprète, son EP « Paradis d’amour » et son passage chez Colors ne sont pas passés inaperçus. Immersion dans le monde de cet artiste 2.0. 

De rappeur à spécialiste de la musique

En 2010, Krisy, appelé à l’époque « LeBoy Krisy’B », fait son entrée sur la scène musicale en tant que rappeur. C’est par hasard qu’il commence, en publiant un freestyle sur Facebook. On lui demande d’enregistrer ce dernier et, profitant de l’occasion qui se présente, Krisy enregistre de nombreux morceaux et sort une première mixtape : « Weedtape ». S’en suit deux autres mixtapes, en 2012 et 2013, appelées « Black Souag » et « Jouvence ». Cependant, l’artiste met très rapidement de côté sa facette d’interprète pour s’adonner pleinement à un autre art : celui d’ingénieur du son et de producteur.

« Pour moi, c’était difficile de réussir en tant que rappeur en Belgique. Parce qu’à l’époque, on avait des exemples comme Gandhi, mais au final ça restait seulement en Belgique. Je me suis dit qu’en tant qu’ingénieur du son, je pouvais plus facilement m’exporter, et donc produire d’autres artistes et dépasser les frontières » nous livre-t-il lors d’une conférence Young Change Maker.

Sa vocation l’amène à travailler avec Damso, qu’il connaissait déjà depuis longtemps. La légende raconte que Damso serait venu enregistrer le morceau « Débrouillard » chez Krisy et que ce dernier aurait directement ressenti le potentiel du rappeur. Cependant, Krisy, conscient de son manque d’expérience à cette époque, préfère alors perfectionner ses techniques d’ingénieur du son avant d’enregistrer le projet de Damso. C’était en 2014. La suite de cette alchimie entre deux artistes talentueux a donné vie à l’incontournable « Batterie faible », qui fut un succès immédiat et qui est, aujourd’hui, disque de platine. Suite à cela, Krisy travaille toujours avec autant d’ardeur, ce qui lui vaut de multiples autres collaborations qui dépassent la frontière belge.

Même si son activité primordiale reste la production, Krisy continue à sortir des projets solo en tant qu’interprète. En 2016, il sort ses deux EP « Parmi vous » et « Menthe à l’eau », et en 2017 sort « Paradis d’amour » (son projet solo qui eut le plus de succès à ce jour).

Autodidacte et entrepreneur

Apprendre seul un métier, est-ce vraiment possible ? Krisy nous donne la preuve que oui. Il est parti de rien, en n’ayant de connaissance ni en ingénieur du son, ni en production. Désormais, il n’a même plus besoin de diplôme : ses compétences, ses créations et son parcours parlent d’eux-mêmes. C’est à travers des tutoriels, de l’observation et beaucoup de travail que l’artiste a appris ce métier. Son parcours atypique est particulièrement inspirant, car Krisy démontre qu’à notre époque, on peut pour ainsi dire tout apprendre avec les ressources d’internet, de la volonté et beaucoup de travail.

Si les portes sont fermées, c’est que les portes ont été construites. C’est-à-dire que toi aussi tu peux construire une autre porte, et puis une autre… 

En plus de casser les codes par son apprentissage autodidacte et de s’imposer dans l’industrie musicale, Krisy est entrepreneur. En effet, malgré qu’il soit prisé par plusieurs maisons de disques, l’artiste a préféré créer sa propre structure : LeJeune Club. Cette structure est une sorte de « label » de production musicale et visuelle, mais également une marque de vêtements. Celle-ci regroupe, en plus de Krisy, d’autres pionniers de ce milieu. Pour produire ses vêtements, le label est en collaboration avec la marque « CHMPGN ». On peut reconnaître les pièces LeJeune Club par le logo d’un toucan qui représente la philosophie de cette structure. Bien entendu, outre les vêtements, de jeunes artistes viennent intégrer la structure LeJeune Club ; notamment Moka Boka, rappeur belge, et Chibi Ichigo, une artiste belgo-russe.

J’ai mon label, pas de maison de disque, mais dans ma chambre on a fait des disques d’or » Krisy / Mélodie

Un univers musical absorbant

Romantique, chill, envoûtant, mélodique : écouter du Krisy, c’est rentrer dans un autre monde où mélodies et textes se marient à la perfection. De chaque morceau naît un sentiment particulier, ce qui peut être expliqué par le fait que l’artiste écrit en fonction de ses « mood » (humeurs).

Moi je prends tous les « mood », quand je suis triste, quand je suis heureux et je fais des sons avec. Du coup, quand je suis triste, je veux faire le meilleur morceau triste de ma vie. Quand je suis heureux, je veux faire le meilleur morceau heureux. » livre-t-il dans l’émission La Sauce de OKLM.

De plus, Krisy nous offre dans ses morceaux un univers assez décalé par rapport à ce que l’on entend dans le rap francophone. Dans son EP « Menthe à l’eau », il crée une sorte de storytelling qui retrace le déroulement d’un rencard. Autrement dit, on assiste à une histoire d’amour empreinte d’un romantisme à la sauce Krisy, accompagnée de mélodies captivantes signées DeLaFuentes ; il s’agit d’une immersion totale dans l’univers de l’artiste.

On peut tout à fait affirmer que Krisy a apporté quelque chose qui manquait dans le rap actuel. Son EP « Paradis d’amour », son passage chez Colors pour son morceau « Julio & sa gogo danseuse », ainsi que son morceau « Nice » (qui plaira aux amateurs d’un rythme ambiançant) ont eu un effet retentissant sur la carrière de l’artiste et lui ont permis d’être connu par un public plus large. Malgré la difficulté de percer dans le rap francophone en tant que belge, Krisy a su s’imposer et est désormais derrière de nombreuses productions et/ou mixages de rappeurs français.

Toutefois, il n’a pas fini de nous impressionner : son prochain album, « Euphoria : du cauchemar à la solitude », sera accompagné d’une bande-dessinée. Ainsi, il nous sera possible d’écouter l’album tout en suivant l’histoire sur la BD. Cela nous promet de vivre une expérience artistique encore jamais, ou rarement vécue dans le monde du rap. Si l’on en croit ce que Krisy dit dans l’émission La Sauce, la sortie de cet album serait programmée pour octobre/novembre 2018. Une affaire à suivre donc…

Denis Lepinois

Étudiant les langues romanes à l'UCLouvain, j'apprécie particulièrement le domaine littéraire et musical. Ma passion m'amène à découvrir de nouveaux horizons à travers la lecture et l'écriture. Selon moi, toute personne qui entreprend avec passion et détermination est capable de réussir et d'inspirer de façon positive les gens qui l'entourent.

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