Cette jeune joueuse de tennis britannique d’à peine 15 ans devrait être une source d’inspiration pour tout un chacun. En faisant fi de son handicap physique, elle a réussi à prouver au monde entier que tout était possible lorsqu’on s’en donne les moyens.

C’est âgée de seulement 4 ans qu’elle commence le tennis, un peu par hasard pour perdre quelques kilos dira-t-on… Assez vite, elle doit se battre contre une « ectrodactylie associée à une dysplasie ectodermique » : en d’autres mots, ce syndrome génétique fait qu’elle ne possède que 4 doigts à chaque main, ainsi que 7 orteils en tout. Pour la pratique du tennis, cela représente une véritable gêne au niveau de la prise de sa raquette, mais surtout pour l’équilibre sur son pied droit, où elle ne possède que trois orteils. Et pourtant, ces « problèmes » ont été un vrai boost pour le rêve de cette jeune demoiselle : devenir joueuse de tennis !

Francesca Jones

À l’âge de 9 ans, son talent l’embarque loin de chez elle en Catalogne, dans une académie de tennis à Barcelone. Ses parents, restés au Royaume-Uni et tous deux conseillers financiers, la soutiennent depuis toujours et lui laissent prendre ses propres décisions (même si Francesca est encore très jeune). Pouvoir recevoir des leçons dans une des meilleures écoles de tennis au monde représente une opportunité tant sportive qu’humaine qu’elle ne veut pas laisser passer. Plus le temps file, et plus Francesca gagne en puissance et se perfectionne. 5 ans après son arrivée en Espagne, elle devient la quatrième meilleure joueuse mondiale en catégorie moins de 14 ans, rien que ça. Rencontre avec cette jeune fille prometteuse.

Qu’est-ce qui te donne la force d’avancer et de progresser chaque jour ?
Est-ce que tu as toujours suivi tes rêves ou as-tu eu quelques doutes ?

Je suis le genre de personne avec des objectifs, et je ferai tout pour les atteindre (dans les limites du possible bien sûr). J’ai commencé à pratiquer le tennis car je devais me prouver quelque chose. Tout le monde peut arriver à ses fins avec un véritable engagement, et ça je l’ai compris plus jeune. Un de mes docteurs était convaincu que je serais incapable de jouer au tennis. Après une telle réflexion, ma mère s’est mise à pleurer, tandis que mon père et moi, nous sommes arrivés à nous dire que personne ne pourrait m’apprendre ce que je pouvais et ne pouvais pas faire dans la vie.

En fin de compte, je pourrais affirmer que je suis une machine, mais je suis une personne humaine et je fais face à des incertitudes comme tout le monde. Je suis par ailleurs persuadée que ceux qui réussissent le mieux sont ceux qui se confrontent à ces angoisses.

Décris un peu plus tes débuts dans le monde du tennis. Des appréhensions, souvenirs marquants ou déceptions ?

Cette passion pour le tennis est un peu sortie de nulle part. Mon père a voulu se « débarrasser » de mon frère, ma sœur et moi pour l’été (en raison de son emploi du temps chargé). Nous passions en voiture devant le Heaton Tennis Club qui affichait en grand une bannière disant « Camp de tennis de 3 semaines ». Mon père nous a alors lâché : « OK les gars, vous allez y aller et jouer un peu au tennis ». Je me rappelle que j’étais celle qui frappait la plupart des balles.

Je suis une fille de 15 ans comme toutes les autres, mais ma différence physique me rend unique, ce qui ne me déçoit pas le moins du monde vu que je le prends comme un avantage.

Est-ce que les difficultés liées à ton handicap font maintenant partie de ton passé  ?

Je ne dirais pas exactement que les difficultés sont complètement derrière moi, en sachant que j’ai subi 3 chirurgies différentes aux deux poignets en 2015 (chacune d’entre elles étant au final un échec). Beaucoup de personnes diraient que j’ai une grande force mentale sur le court à cause de ces « rechutes ». Cependant, je prends tout ce que j’ai vécu comme du positif et j’essaye de l’utiliser à mon avantage : la force mentale est clé dans le tennis !

Je ne serais pas devenue la personne que je suis sans toutes les expériences que j’ai vécues. Je suis une fille de 15 ans comme toutes les autres, mais ma différence physique me rend unique, ce qui ne me déçoit pas le moins du monde vu que je le prends comme un avantage.

Comment gères-tu ta vie d’athlète avec toutes les contraintes qu’elle comporte ?

Beaucoup de mes amis font la fête, mais ils sont conscients que mon esprit est branché sur mon objectif de devenir la meilleure joueuse de tennis, c’est pourquoi ils ne me forcent en rien. Je n’ai jamais été tentée de vivre une vie d’adolescent que je considère comme ordinaire, j’ai toujours apprécié cette vie d’athlète et pour être honnête, je n’ai aucune idée de ce que je ferais sans elle. La chose qui a été la plus difficile à gérer est le régime, car malheureusement je suis une « foodie ». Mais mon nutritionniste règle mon alimentation, et une part de gâteau ou de glace n’est pas réellement un problème, il suffit de garder à l’œil les quantités.

Est-ce que tu as pu rencontrer de grands joueurs du tennis mondial qui t’inspirent, et quelle est cette inspiration ?

La joueuse la plus connue que j’ai rencontrée est Svetlana Kuznetsova. Elle est ma voisine et son ex-coach m’a entraînée pendant 7 ans. Son travail est incroyable et j’admire son mental ainsi que le combat dont elle fait preuve sur chaque point. Kutnetsova est définitivement quelqu’un que j’adore regarder jouer.

Ma joueuse de tennis favorite est Serena Williams, car elle aussi a dû traverser beaucoup d’épreuves dans sa vie, et n’a jamais baissé les bras. Son attitude est sensationnelle, elle est une vraie source d’inspiration. Si quelqu’un me demande à qui je voudrais ressembler plus tard, je répondrais Serena Williams sans hésiter. Amélie Mauresmo était ma joueuse préférée lorsque j’ai commencé le tennis, avant que Serena n’entre dans ses « années de gloire ». Je suis tombée amoureuse de son style de jeu.

Pouvons-nous dire qu’avec une première participation à Wimbledon à seulement 15 ans, ta voie est déjà toute tracée ou le chemin reste-t-il long avant d’atteindre tes objectifs tennistiques ?

Le chemin reste encore très long ! Le tennis est probablement de loin un des sports qui demande le plus de patience. Tout pourrait arriver, un accident de voiture ou quelque chose d’aussi stupide que cela pourrait m’obliger de suspendre le tennis pendant quelques mois. Je suis contente de la façon dont les choses se déroulent jusqu’à présent, cependant il me reste un marathon à parcourir avant de réaliser mon rêve.


 

Sa participation cette année au tournoi de Wimbledon, en catégorie junior, n’a fait que lui montrer encore une fois qu’avec de la volonté, du courage et de l’ambition, chaque rêve est à portée de main. Et du courage, il lui en a fallu. Alors même si sa défaite au deuxième tour face à Kayla Jones lui laisse un petit goût amer, elle ne se décourage pas, et poursuit sur la même lancée ! D’ailleurs, elle a continué l’aventure Wimbledon en double avec une autre joueuse britannique, Ali Collins.

D’une certaine façon, je suis presque heureuse d’avoir ce syndrome, car il m’a permis de devenir ce que je suis aujourd’hui. Avec de la chance, cela m’aidera à obtenir du succès dans le futur.

Beaucoup de personnes m’ont critiquée et m’ont dit des choses répugnantes. Cela me motive encore plus.

Si les gens arrivent à voir là où j’en suis et éventuellement où je serai plus tard, alors j’aurai réussi à prouver ce que j’ai toujours voulu prouver.

À tous les gens qui sont malades : quoi que vous fassiez, faites-le de votre mieux.

Je veux que les gens sachent que tout est possible. Tout est dans la volonté, dans le mental. Je veux être n°1 mondiale. Et gagner Wimbledon est très haut sur ma liste.

Sources : 1, 2, 3, 4