À 22 ans Paul Duan, originaire de Trappes en banlieue parisienne, a un objectif : utiliser les algorithmes pour régler des problèmes de société. Avec son ONG Bayes Impact, il vient de signer un partenariat avec l’organisme Pole-Emploi qui gère la carrière des quelques 3,5 millions de chômeurs en France. Son idée ? Utiliser les big data pour venir à bout des longues périodes de recherche d’emploi. Retour sur la vie à cent à l’heure d’un jeune entrepreneur.

De Sciences Po à Berkeley

Le parcours de Paul commence sur les bancs de grandes écoles. Son baccalauréat en poche, alors qu’il n’a que 15 ans, il rejoint Sciences Po et entame, en parallèle, une licence de mathématiques (il termine major de promotion). À l’issue de ses trois années de bachelor, il est repéré par la prestigieuse université de Berkeley, en Californie, où il effectue des études d’économie.

Une fois diplômé, en janvier 2013, et après un stage dans la finance, il a l’opportunité de rejoindre le géant américain Paypal. Mais coup de théâtre, comme il le confie au site techmeup, tout ne se passe pas comme prévu : « le jour où j’allais commencer, mon boss est parti pour Eventbrite ; donc je suis parti avec lui. J’étais leur tout premier data scientist, donc j’ai appris un peu sur le tas, ils m’ont beaucoup fait confiance ».

Au sein de cette start-up spécialisée dans la gestion d’événements et la billetterie en ligne, il est chargé de concevoir des algorithmes de détection des fraudes. « Chaque année, 2 milliards de dollars transitaient sur la plateforme, explique-t-il, mais des millions de dollars étaient perdus dans des transactions frauduleuses ». Il met donc au point un système basé sur les big data, les traces laissées par les utilisateurs, qui lui permet de réduire de 99,8% le nombre des arnaques sur le site de l’entreprise.

« Je voulais donner du sens à mon travail »

Mais au fond de lui, il n’est pas satisfait par sa situation professionnelle (pourtant confortable). « J’ai grandi avec des problèmes de dépression chronique dans une banlieue populaire de Trappes (en région parisienne), explique-t-il. Mes parents sont des immigrés chinois qui ont participé aux manifestations de Tian’anmen dénonçant la corruption des élites chinoises à la fin des années 1980 ». Ce modèle parental le pousse à trouver, lui aussi, un moyen d’impacter le monde qui l’entoure. « Je suis passé par Sciences Po, je pensais que la réponse était la politique, mais pour moi ça ne l’était pas », confie-t-il.

Paul Duan,fondateur de l'ONG Bayes Impact qui propose de résoudre des problèmes de société grâce au big data.

Finalement, c’est dans les algorithmes et la technologie qu’il trouve son levier pour transformer la société. « Quand j’ai vu qu’à moi seul j’étais capable de créer des algorithmes qui pouvaient faire économiser à ma boîte des millions de dollars par an et améliorer de façon quantifiable l’expérience de 20 millions d’utilisateurs, je me suis dit que je pouvais transposer ces techniques sur des questions de société », se souvient-il.

En juin 2014, alors qu’il est toujours employé chez Eventbrite, il met en ligne avec son ami Eric Liu un site web pour détailler ses idées et présenter son projet Bayes Impact. Sa stratégie tient en une phrase : « Créer des algorithmes pour améliorer la société et changer le monde ». Son projet ambitieux reste encore une simple idée sans réalisation concrète. Mais à son grand étonnement, trois semaines plus tard, il est contacté par Y Combinator, un incubateur de la Silicon Valey. Comme il l’explique au site Techmeup, ce contact l’a énormément surpris : «  ils cherchaient à inclure une non-profit pour la prochaine promo, qui commençait dans 3 jours ! J’ai pris mon après-midi, j’ai tout préparé, et… on a été pris ! J’ai quitté Eventbrite du jour au lendemain, c’était pas très cool pour eux, d’ailleurs… Mon pote a quitté son job aussi ».

Paul Duan 3

Utiliser les big data pour résoudre des problèmes du quotidien

Tout quitter du jour au lendemain pour se lancer dans un projet incertain : telle fut la décision de Paul à 20 ans seulement. Pour lancer son activité, il décide d’imiter les géants du web et leur utilisation des big data. Par exemple, Uber récolte des milliers de données sur ses utilisateurs ; leurs requêtes et les trajets qu’ils effectuent. Ces informations permettent à la plateforme d’optimiser le déploiement de ses chauffeurs dans les villes pour réduire les coûts de déplacement et accroître ses bénéfices. En s’inspirant de cette technologie, Paul met au point un système similaire avec les ambulances de la ville de San Francisco. En passant à la moulinette les milliers de données de la municipalité sur les accidents et les interventions passées, le jeune homme entend diminuer le temps d’intervention des véhicules et, donc, sauver des vies tout en économisant de l’argent.

En France, ce sont les applications de rencontre telles que Tinder ou Meetic qui servent de source d’inspiration au travail de Paul. « Ces plateformes proposent des rencontres basées sur des affinités communes, détaille-t-il. Mon idée c’est d’utiliser ce système de matching pour permettre à des demandeurs d’emploi de trouver des offres leur correspondant le plus ». Son objectif est de désengorger cette administration pour permettre aux agents qui y travaillent d’optimiser leur activité. Myriam El Khomri, la Ministre du travail en France a été séduite par son projet.

Les hauts et les bas de la vie d’entrepreneur

Déployer ce projet et trouver toutes ces opportunités n’a pas été une mince affaire pour Paul. Il a tout d’abord dû quitter du jour au lendemain tout le cadre professionnel qu’il avait réussi à se construire. Ensuite, il a fallu faire face à certains questionnements, légitimes, sur les intentions d’un tel groupe. « On est amené à travailler sur des données publiques en créant des algorithmes qui peuvent transformer la vie des individus », explique-t-il. C’est pourquoi, il a opté pour le modèle d’une ONG : « j’ai la conviction que les questions de politique publique doivent être traitées par un organisme public », confie-t-il au Real Change Network.

Heureusement, pour le lancement de son activité, il a pu bénéficier de soutiens de taille. De nombreux chefs de départements « data science » (l’analyse de données) de grosses entreprises le soutiennent. Il a également reçu un coup de pouce de la fondation Bill et Melinda Gates.

Grâce aux partenariats qu’il a conclu avec les États français et américains, Paul est désormais entouré d’une équipe de spécialistes qu’il est allé débaucher chez Google, Facebook et même à Harvard.

Parcours Emploi

« Mon parcours emploi » : le nouveau challenge de Paul

Début juin, Paul Duan a mis en ligne sa plateforme Mon parcours emploi, première étape du déploiement de son dispositif pour lutter contre le chômage. Un projet colossal qui est à l’origine de nombreuses nuits blanches et de quelques déconvenues… Alors qu’il était convié à faire un pitch de 8 minutes au salon « BPI France Inno Generation », le manque de sommeil, le stress et la pression du public lui ont fait perdre ses moyens. Résultat : un joli trou de mémoire en plein discours. Mais comme toujours, l’entrepreneur s’est servi de cette faiblesse pour renforcer sa posture puisque quelques heures plus tard il tweetait : « Comme quoi que ce soit le 1er ou le 10e talk, c’est tout comme ! Mais l’intérêt est que le message passe 🙂 ».

Aucun doute qu’avec ce Young Change Maker aux projets ambitieux et au parcours incroyable, le message est bel et bien passé !