Âgée de 32 ans et originaire de Charleroi, Céline Jurgelevicius s’adonne à la cause des éléphants depuis de nombreuses années. Elle part deux fois par an quatre à cinq semaines pour s’occuper de ces animaux à l’autre bout du monde. Portrait d’une jeune femme qui n’a pas froid aux yeux.

C’est sur un coup de tête que Céline, employée dans une entreprise publique, réalise en 2014 son premier voyage en Afrique où elle fait du volontariat pour protéger les éléphants. L’aventure commence pour la jeune femme. Un, deux, puis trois, les dates de départ se rapprochent et les voyages deviennent, comme elle l’appelle, « une drogue » : Cambodge, Afrique du Sud, Zimbabwe et bientôt l’Inde.

Au quotidien, Céline fait tout ce qu’elle peut pour la cause animale. Elle est végétarienne depuis ses 12 ans et actuellement vegan — mode de vie qui consiste à ne pas supporter l’exploitation animale —, elle effectue des donations régulièrement, et se déplace pour soigner les animaux. « Les éléphants, c’est une obsession depuis que je suis toute petite. Je les trouve majestueux, paisibles… la force tranquille. Je suis admirative ». C’est ainsi que Céline résume la raison de ses années de volontariat. Pour les protéger et assurer leur survie, elle recourt à plus d’une méthode.

Une journée type, loin de celle des vacances

« Vous allez dormir à 2 par tente. Si vous devez aller aux toilettes la nuit, allez-y à 2 : les hyènes n’attaquent que les solitaires ! »

La journée commence vers 5 heures du matin, pour aller en observation, et se termine vers 17h. « Cela peut paraître fastidieux, mais on voit des léopards, des hyènes, des bébés lycaons... On fait du trekking dans la jungle pour aller voir les éléphants à la rivière, on prend soin des éléphants anesthésiés et on les surveille pendant le transport vers leur nouveau chez eux … on fait parfois du camping« , explique Céline.

Elle nous fait part d’une anecdote:  « Arrivé dans le camp, au milieu d’une réserve privée abritant lions, hyènes, éléphants, … on nous dit « vous allez dormir à 2 par tente. Si vous devez aller aux toilettes la nuit, allez-y à 2 : les hyènes n’attaquent que les solitaires ! » Après un passage aux toilettes durant la nuit, on a entendu les hyènes. Elles étaient très proches ! Le lendemain matin, soit 2 heures plus tard, on nous a informés que les hyènes avaient vidé le frigo box pendant la nuit et qu’elles avaient mangé notre petit déjeuner ! Et puis la nuit en réserve… c’est magique! Je n’avais jamais vu autant d’étoiles ! J’ai même photographié la Voie lactée ! » (photo ci-dessous).

La photographie pour sensibiliser 

La photographie, une passion pour Céline, mais aussi un moyen d’action pour protéger les éléphants : « J’ai toujours aimé la photo, alors pendant mes volontariats, je me suis mise à faire des portraits des éléphants que j’avais autour de moi. Le fait de les soigner me permettait la proximité. Après un certain temps, ils vous connaissent, ont l’habitude de vous voir et sont donc approchables, parfois même de très près ». A son retour en Belgique, la jeune photographe amateure s’est retrouvée exposante au Festival Nature Namur, puis durant deux mois au restaurant Kokob à Bruxelles. « Les gens semblaient aimer mes photos alors je me suis dit que cela pourrait servir une cause. J’ai donc eu l’idée de vendre mes photos au profit des éléphants. Ils sont une inspiration constante et je ne me lasse jamais de les prendre en photo », témoigne la jeune femme. C’est ainsi que la photographie et les expositions se révèlent être d’excellents moyens pour sensibiliser les citoyens à la cause animale. La volontaire remarque que « parler d’une expérience personnelle touche beaucoup les personnes » mais elle regrette que l’on n’en parle pas assez; ni de leur nombre en déclin constant, ni du fait que le commerce de l’ivoire, qui est, certes, destiné majoritairement à l’Asie, transite par les groupes terroristes!

 

Le volontariat, l’affrontement du danger?

Céline n’a jamais dû faire face à des situations dangereuses, mais les rumeurs ne manquent pas : « des rangers se sont déjà fait tuer par des braconniers. L’ivoire vaut tellement d’argent ! ». En se renseignant pour rejoindre les volontaires « Sea Sheperd », elle a également appris que les Japonais empêchaient les volontaires d’atteindre Taiji (où ils massacrent les dauphins) en les retenant à l’aéroport. Un conseil : il faut toujours se présenter comme touriste.

 

De tels récits ne font pas fuir les volontaires, bien au contraire. Céline est rassurée de contribuer à ces projets, l’un d’eux a permis d’acheter 8000 hectares de jungle pour créer un sanctuaire, racheter des éléphants du tourisme à travers tout le pays, les soigner, les nourrir, leur retirer leurs chaînes et les remettre dans la nature. Au Zimbabwe, elle a également eu l’occasion de participer à une relocalisation d’éléphants : « C’était une expérience inoubliable ! En plus de faire une bonne action, on repart avec de merveilleux souvenirs. Il y avait trop d’éléphants dans une réserve privée clôturée. Si on ne les avait pas délocalisés, des chasseurs seraient venus les tuer. Au final, on peut dire qu’on a donné une chance de vivre à 10 éléphants », s’enthousiasme-t-elle.

 

Soutenir au quotidien cette cause depuis la Belgique 

A des milliers de kilomètres de ces terres, agir pour les éléphants n’est pas évident. Pour les plus courageux, Céline conseille de partir à l’aventure, « donner de son temps et de sa sueur pour leur rendre la vie plus belle ». Pour cela, parler anglais est obligatoire. Ensuite, un simple travail de rechercher sur internet guide vers les programmes proposés. « Contacter directement les gens qui travaillent dans le projet vous fait économiser de l’argent. Évidemment, les agences de placement se servent au passage. Les volontariats peuvent coûter cher ! Surtout en Afrique ! », admet Céline. Et d’ajouter: « Mais l’expérience en vaut largement la dépense. On vit des choses qu’on ne vivrait pas en étant simple touriste dans un 4×4 safari en parc national ».

Mais la présence sur place n’est pas indispensable. Comment agir depuis la Belgique? Les dons sont vivement appréciés. Autre conseil : boycotter les cirques et les zoos. Les éléphants marchent toute la journée, jusqu’à des milliers de kilomètres chaque année. Leur enfermement a pour conséquence de se balancer d’un pied à l’autre. « Ce comportement est un signe d’ennui, voire de dépression et de folie. Quand ce n’est que ça ! Dans les cirques, c’est l’horreur, il suffit de faire un rapide petit tour sur Youtube. Et puis très important, en vacances, boycotter les balades à dos d’éléphant. Leur « entraînement » est une vraie torture et cela commence alors qu’ils sont toujours bébés », explique la volontaire.

Des projets d’ambition pour l’avenir 

Céline ne compte pas s’arrêter là. Fin février, elle sera en Inde pour deux nouveaux volontariats. Autre destination : en juin, c’est en Afrique du Sud qu’elle se rendra pour un projet vétérinaire « vet go wild« , en parc national. Elle pourra mettre en pratique sa formation d’assistante vétérinaire puisqu’elle va travailler avec des animaux sauvages, apprendre à les anesthésier au fusil, … Et ce n’est pas tout! Elle prévoit ensuite un volontariat où elle apprendra le travail de ranger : pister les animaux, reconnaître leurs traces, leurs déjections, retirer les pièges, dans le but de recevoir le diplôme de guide nature. Un autre projet d’ambition : le master en ligne « Wildlife Survey techniques » de l’université d’Oxford.

Des projets qui font pétiller les yeux de cette jeune aventurière : « Aujourd’hui, je ne peux plus envisager ma vie en Belgique sur le long terme. Je ne m’y sens plus à ma place et moralement, même si je retrouve toujours ma famille et mes animaux avec plaisir, c’est difficile. Faire des choses utiles en Afrique et revenir à un train-train quotidien… Ce n’est pas facile« .

  • Suivre les aventures de Céline sur son blog : http://www.celinesvetadventures.com
  • Les photos de cet article ont été fournies par Céline Jurgelevicius : www.500px.com/celine_js