Inauguré officiellement en janvier 2017, Molengeek est un espace d’idéation organisé en espace de co-working. C’est au cœur de Molenbeek que Julie et Ibrahim ont décidé d’ouvrir les locaux de cet incubateur bruxellois pour aider les jeunes à lancer leurs projets.

Rendre accessible le monde des technologies et de l’entrepreneuriat aux jeunes de Molenbeek et de ses alentours, c’est le but de Julie Foulon et Ibrahim Ouassari. « Ce monde a toujours été réservé à l’élite, aux gens qui ont fait des études, aux classes moyennes et supérieures. Mais n’importe qui peut apprendre à coder », Julie, cofondatrice de Molengeek, en est convaincue.

Julie est diplômée d’un master en finance. C’est en mai 2015 qu’elle lance, avec son associé, le premier événement de Molengeek, un start-up week-end : en 2 jours, les jeunes viennent discuter de leurs projets et ambitions avec des personnes plus expérimentées. Presque un an plus tard, en janvier 2016, l’idée d’ouvrir un espace de travail leur vient à l’idée.

Ⓒ De Tijd

Ibrahim, lui, découvre le monde des technologies à l’âge de 20 ans, il monte sa propre boîte après trois mois. Deux ans plus tard, il devient consultant en informatique et cinq ans après, il aura mis sur pied son entreprise dans les nouvelles technologies. Les deux associés se connaissent depuis longtemps, « Ibrahim est molenbeekois, on s’est associé pour avoir un double langage – il apporte son ancrage local et moi, mon réseau dans le domaine », précise la jeune femme.

Molengeek, c’est quoi ?

Molengeek apparaît concrètement en ce début d’année 2017, dans des locaux espacés et adaptés aux apprenants. Le concept est simple : vous venez avec votre idée de projet et les coachs mettent tout en place pour répondre à vos questions, pour vous apprendre à coder et à utiliser le langage requis. Les jeunes bénéficient également de la formation issue de la coding-school depuis le 6 mars, et ce, gratuitement : une école de théorie le matin et de pratique l’après-midi.

« Apprendre pour appliquer »

Marwane fait partie de ces jeunes-là. Il décroche des cours à l’âge de 15 ans et c’est avec Molengeek, quelques années plus tard, qu’il découvre ce qui lui plaît vraiment : « Je voulais me lancer en tant qu’indépendant, mais on me disait que ça n’aboutirait à rien, que c’était beaucoup de risques pour rien. J’ai tenté ma chance, je n’avais rien à perdre ». Aujourd’hui, il travaille sur son projet, Street Access : une carte interactive pour les personnes à mobilité réduite (PMR). Il apprend au fur et à mesure qu’il développe son application : « Je viens tous les jours, le week-end aussi, souvent jusque 20 ou 21 heures. Vu que je n’ai pas les compétences requises pour développer une application, j’apprends sur le tas ». Marwane explique : « On ne nous montre pas comment faire, on nous montre comment trouver les réponses à nos propres questions. J’apprends, j’essaie et puis j’applique ». Après seulement trois mois de travail, le jeune a déjà de grandes ambitions : « j’aimerais que mon projet prenne une ampleur mondiale pour aider tous les PMR ».

« Ici, la différence, c’est la communauté »

A une échelle plus avancée, nous retrouvons Loïc, 28 ans. Ce jeune homme, d’origine française, est le fondateur de la première start-up issue de Molengeek avec son associé, Ricardo. Ensemble, ils ont lancé T-IL (The restaurant/bar/museum I Love), la première application de recommandation touristique 100% personnalisée au goût de ses utilisateurs. Sur base d’un simple constat, il lance un nouveau concept : « Ricardo et moi voyageons beaucoup, et dans les grandes capitales européennes comme Berlin, Paris, Londres, les sites de recommandation conseillent des boîtes de musique « techno », alors que je déteste ça ». T-IL recommande les lieux par ordre de préférence, mais le bonus, c’est qu’il relie un profil à un lieu, il met en relation les touristes et les locaux en fonction de leurs centres d’intérêt.

Si Loïc fréquentait deux incubateurs au début de son projet, il a rapidement fait le choix d’abandonner l’autre au bout de deux mois : « Là-bas, je croisais les autres jeunes entrepreneurs seulement aux machines à café. Ici, il y a vraiment une notion de communauté, de famille, d’entraide. On se sent encadré de A à Z, porté par Ibrahim et Julie ».

Fom Li, 25 ans, lui, se ravit de la position centrale de Molengeek, des bureaux modernes et du coaching de qualité. Avec Mike, 26 ans, ils fondent « Skilliz », une plateforme d’intermédiation qui permet aux entreprises de solliciter les services d’étudiants qualifiés. « Nous avons remarqué que les étudiants n’étaient pas assez préparés au milieu professionnel. Skilliz se situe donc comme un pont entre l’école et le premier job », explique Fom.

Molengeek, en chiffres :

40

C’est le nombre de jeunes qui viennent tous les jours chez l’incubateur, qui compte une communauté de 130 personnes au total (sans compter la coding-school). Travailler, créer, se former : ce sont les maîtres-mots de Molengeek. « On voit des jeunes qui se bougent, qui changent complètement d’état d’esprit, qui comprennent que c’est possible, qui se lèvent tous les matins pour venir apprendre et bosser », se réjouie Julie Foulon.

« On présente Molengeek comme une communauté, mais moi je la définirais plutôt comme une famille »

Molengeek, c’est aussi une partie de plaisir pour les coachs, passionnés par le domaine et pour qui, cet endroit signifie plus qu’un lieu de travail. « On présente Molengeek comme une communauté, mais moi je la définirais plutôt comme une famille. La première chose qu’on m’avait dit en venant ici, c’était : tu vas dire bonjour à tout le monde. Maintenant, j’ai compris pourquoi. Ici, tout le monde se connaît, on est tous très proches », révèle Hassna, souriante, une des quatre coachs de l’équipe.

Khalid, lui, le référent à la coding school, relève la hiérarchie égalitaire entre les membres de Molengeek et la motivation des jeunes : « Je suis ici pour faire en sorte que ces petits jeunes fassent quelque chose de bien, le but c’est de transmettre nos connaissances. On a des années d’expérience et ce serait triste de garder ça pour nous ». Ce que valide Yassine : « l’éducation, c’est quelque chose qui me passionne, tout comme le développement, et là, j’ai la possibilité d’allier les deux ». La sympathie des coachs et la convivialité du lieu se révèlent être la source de l’enthousiasme des jeunes Molengeekois.

Molengeek : 10, Place de la Minoterie 1080, Molenbeek-Saint-Jean